( AFP / SAEED KHAN )
La grande distribution "détruit la filière agroalimentaire française", a estimé mardi le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), à l'issue d'un comité de suivi des négociations commerciales boycotté par la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD).
"La grande distribution ne joue pas la partie en équipe, elle est seule dans son coin au détriment de la filière (...) elle déconstruit les prix uniquement pour des raisons de concurrence entre distributeurs et ça détruit le tissu de nos entreprises", a déploré auprès de l'AFP Jean-François Loiseau, président de l'Ania, à quelques jours de la date butoir pour ces discussions.
Démarrées le 1er décembre et prévues jusqu'au 1er mars, ces négociations annuelles déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des distributeurs).
A quelques jours de l'ouverture du Salon de l'agriculture, période lors de laquelle la bataille médiatique s'intensifie entre distribution et industriels sur les négociations, "65% des contrats avec les TPE et PME" ont été signés mais ce chiffre baisse à "45%" pour l'ensemble des entreprises agroalimentaires, selon M. Loiseau. "Loin des chiffres avancés par la grande distribution", ajoute-t-il.
Opposant des distributeurs en quête de prix compétitifs pour attirer les clients et des industriels invoquant coûts de production et besoins d'investissements, ces tractations sont régulièrement accusées de tirer vers le bas les revenus des agriculteurs malgré leur encadrement par les lois Egalim.
Afin d'assurer un climat plus serein, les parties prenantes ont signé fin novembre une charte de bonne conduite "inédite", à l'initiative des ministères de l'Agriculture et du Commerce.
Après des premières discussions "agréables" en décembre, selon M. Loiseau, le climat des négociations s'est "profondément dégradé" pour devenir "un combat destructeur", avec des distributeurs mettant à exécution leurs "menaces de déréférencement" et "annulant des commandes".
Il dénonce par ailleurs un rôle croissant des centrales d'achat européennes qui déplacent la négociation de produits français à destination de consommateurs français hors de France et donc hors du cadre Egalim. L'impact est considérable sur les entreprises qui négocient en France "avec des références de prix" à la baisse négociées ailleurs, poursuit-il.
Lundi dans Le Parisien, Annie Genevard a accusé la grande distribution d'exercer un "chantage mortifère" sur les industriels de l'agroalimentaire, ce qui a entraîné le boycott par la FCD du comité de suivi des négociations qui a eu lieu mardi matin sous l'égide de la ministre et de son homologue du Commerce Serge Papin.
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